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Comment j’apprivoise les langues apparentées au guarani

Pas doué pour les langues j’apprends le guarani en traversant le Brésil en rêvant à la ville où est née mon épouse (Curitiba), en faisant un court séjour dans la région de Cuiaiba (Puntanal),etc.

Je me dresse une liste de correspondances possible :

Itatiba : beaucoup de peine

Cuiaba : rives de rivières

Curitiba : beaucoup de pignons (région des grands pins, les araucarias)

Iracema : Lèvres de miel

Ipiranga : eau rouge

Iguaçu : eau qui tombe

Paranagua : eau large

(gua : l’eau. Et même « l’eau douce », l’eau de rivière ?)

Et puis j’égrène comme un poème les noms des villes qui portent en elles l’Indien arrivé jusqu’à nous malgré les vicissitudes du monde :

Agudo
Capivari
Caçapava
Condor
Peixoto
Guaíba
Ijuí
Ipiranga
Itatiba do Sul
Jacutinga
Jaraguá do Sul

Sapucaia
Tapejara
Taquaruçu
Tupanci
Yaguarón

Je n’oublie pas que tout cela est mélangé à de très Européens, de très de catholiques noms d’autres villes. Ceux-là on voulut tout de suite se protéger de l’Indien en s’écartant des toponymes :

O Meu País
Santa Maria

Et j’imagine le premier les premiers qui ont décidé du nom.
Enfin je crois imaginer ! Comment peut-on se représenter véritablement cela ? Il ne faut pourtant pas oublier que le pouvoir de nommer n’appartient pas équitablement à tous. Aussi bien chez les Indiens que chez les Européens le pouvoir de nommer est réservée à une élite.
Et sans nomination rien n’existe. « Au commencement était le Verbe ». Alors au Brésil Dieu était Indien.

Voilà comment j’apprivoise les langues apparentées au guarani. Comment voulez-vous que je fasse des progrès ! Mais à défaut de progrès en langue, j’ai l’impression que je connais mieux les guarani, que je fais des progrès dans l’amitié avec les tupi-guarani, qui ont tant à nous apprendre. Et je reste ouvert, toutes ouïes, toutes oreilles.