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Voeux d’un Sans-Papier à un Préfet

(Sarkositoire du mardi 19 février 2008)

Vœux d’un Sans-papier à un préfet

(texte retrouvé au milieu de ses nombreux papiers)

A Sekou BAYO, inspirateur

Cher Monsieur le préfet,
_ Je vous souhaite une bonne année 2008, une très très bonne année qui correspondrait au rêve que j’ai fait. Il faut que je vous en parle, si vous avez quelques minutes.
Dans ce rêve j’habite un pays qui a pour devise « liberté, égalité, fraternité ».
Pourquoi la France n’adopterait pas une devise comme celle-là, ce serait super non ?
Imaginez ce qu’il en adviendrait pour vous !
Evidemment je suppose que les mots auraient du sens, du vrai sens, qu’ils seraient donc suivis d’effet, que ce ne serait pas seulement des mots en l’air qu’on réciterait dans les églises, dans les cours d’écoles et dans les cérémonies officielles.
Non non, un vrai sens pratique, je vous dis. Mais jugez en vous-même, Monsieur le Préfet, puisque voilà comment mon rêve voit les choses..

D’abord la Liberté

On reconnaitrait le droit de circuler sans entraves.
On n’aurait pas besoin d’avoir toujours sur nous des papiers.
Vous voyez cela d’ici : tous vos policiers pourraient servir à des tâches plus utiles : à lutter contre la drogue, contre les accidents de la route, à protéger nos enfants, à nous aider à retrouver notre route quand on est un peu perdu dans une ville.
On dirait sans crainte bonjour aux policiers dans la rue, ils pourraient venir à la maison, on achèterait leurs calendriers pour les œuvres sociales de la police.
Ce serait déjà une société plus humaine non ?

Ensuite l’égalité

Ben là on sait qu’on n’est pas tous pareils, certains savent faire des choses et d’autres non. Dans Egalité mon rêve voit une société, un pays où l’on pourrait se parler d’égal à égal quel que soit le statut des uns et des autres. Si on n’a pas de travail on en chercherait vraiment pour nous et au lieu de travailler plus pour gagner plus ceux qui ont du boulot ils travailleraient pareils pour qu’on gagne pareils.

La fraternité

Vous êtes Préfet dans un pays catholique, avec un chapelet d’églises que le Président voit très bien d’avion lors de ses nombreux voyages, alors la fraternité ce doit être facile à comprendre.
Avec la fraternité on dépasse la question du travail pour tous. Avec la fraternité on essaie de se soutenir dans l’adversité de toute sorte, et sans contrepartie.
Pour ceux qui n’ont pas de logement, évidemment qu’avec la fraternité va résoudre les urgences, en attendant que les constructions promises voient le jour.
Quand aux franchises médicales il n’en est plus question (car la fraternité d’Etat est en service, n’est-ce pas).
Qu’est-ce que vous pensez d’un rêve comme celui-là ? Je ne sais pas s’il existe un pays au monde qui a une telle devise et qui l’applique. Ça se saurait !
_ Vous, comme Préfet, vous seriez chargé de veiller à ce que cette devise soit appliquée.
Ce serait en permanence l’ambiance du téléthon : c’est à qui viendrait à l’aide des autres. On serait des citoyens d’autrui.
Tous les aspects de la vie en commun seraient rendus plus agréable. Il n’y aurait plus d’adolescents à vouloir se suicider, plus de jeunes filles anorexiques, plus de malades n’osant pas se faire soigner.
Il y aurait toutefois encore des problèmes de temps à autres, je vous l’accorde : c’est pour cela qu’on maintiendrait tout de même la police. Mais une vraie police de proximité.
Vous allez me dire « ce n’est qu’un rêve ». Mais justement, Monsieur le Préfet, justement : les rêves précèdent toujours la réalité. Les gens ont rêvé qu’ils volaient avant de pouvoir effectivement circuler en avion, remplir des charters et autres occupations aériennes actuelles. Oui, le rêve c’est à prendre très au sérieux et c’est peut être cela, Monsieur le préfet, qui jusqu’à présent nous séparait de vous : vous aviez peu de rêves sinon pas du tout. Un cauchemar de temps à autre, des insomnies souvent, parce que vous n’arrivez pas à tenir votre quota et que vous risquez en permanence d’être renvoyé.
Mais j’ai comme l’impression que vous avez du mal à croire aux rêves, Monsieur le Préfet. Je vous sens encore un peu dubitatif. Ne faites pas cette tête là, voyons ! C’est bien des bons vœux que je vous souhaite avec une vie pareille.
Evidemment votre vie entière a été orientée dans un autre direction. Mais c’est la même chose pour nous : on nous envoie dans une autre direction. Et pourtant je crois qu’on peut tous très bien s’adapter au sens proposé par le rêve. On le sent bien que tout le système actuel conduit à une impasse. Qu’il transforme tout le monde en en « assisté », en pauvre, en « sans » ceci, en « sans » cela On veut nous faire croire qu’on est tous toujours en manque. On ne pourrait pas se regarder autrement, positivement, considérer la richesse d’une vie ? Mon rêve exclut résolument un raisonnement en terme de « sans » pour un monde « avec », un monde de compagnonnage
Ah ! ça sera vraiment un autre boulot que celui de préfet dans une telle société !
Allez, allez ! essayez à votre tour d’avoir des rêves comme celui-là. Et vous verrez comme la vie sera plus belle !
(texte écrit suite à réunion le 8 janvier où certains membres du collectif voulaient adresser des vœux au Préfet)