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Ce qui m’effraie

J’écris ce dimanche 17 mai 2009 à partir du saisissement survenu à écouter l’entretien accordé dans la semaine à la radio par l’écrivaine noire américaine Toni Morrison.
Elle parle de cette maîtrise de leur destin par les sans espoirs.
Et c’est qui leur donne l’espérance.
Et c’est ce qui les met debout.
Et c’est ce qui nous rend bien monstrueux devant eux.

Toni Morrison évoque son dernier livre où une femme cherche à donner son fils à une blanche… à le placer absolument, le vendre (sans contrepartie de vente d’ailleurs je crois, ce qui rendrait plus difficile encore le placement). Histoire qui semble bien triste bien glauque. Mais elle montre au contraire que ce livre est marqué par l’espoir. Le pire qui puisse arriver c’est que l’enfant soit vendu à un autre esclavagiste. Il était bien meuble comme disait notre Code noir on pouvait donc disperser la famille sans état d’âme.

_ Tuer son enfant (ce qu’on fait des femmes noires des Etats Unis) ou le donner à quelqu’un de passage était une sortie honorable maîtrisée : il n’était pas qu’un jouet entre les mains des Blancs. On décidait de son destin.

Ce qui m’effraie c’est de ressentir ce manque d’humanité du Blanc. Et quand je dis Blanc je ne pense pas que d’autres couleurs placées dans les mêmes situations auraient été meilleures (les esclaves des rois Nègres ! et que dire de l’esclavage des arabes !). Mais il se trouve que le mal évoqué ici vient du Blanc et qu’il n’y a pas lieu d’amoindrir cette faute.

Ce qui m’effraie c’est que nos attitudes ne sont possibles que parce que l’on considère l’autre comme un sous-homme comme un moins que rien dont on peut faire ce qu’on veut sans préjudice aucun pour notre vie sur terre et l’Au-delà auquel on aspire même si l’on ne croit pas au Ciel. On développe même le sentiment qu’on apporte le développement, l’humanité.

Ce qui m’effraie c’est moins le passé esclavagiste, si l’on en était vraiment sorti ! Non, ce qui m’étonne c’est qu’aujourd’hui encore le même état d’esprit prévaut chez nos gouvernants, chez nos dirigeants européens bon teint.
Et n’en doutons pas chez certains d’entre nous !
Et n’en doutons pas chez une parcelle de nous mêmes.
Sinon comment aurions nous pu élire des porteurs de telles aberrations !

Ce qui m’effraie c’est que nous poursuivons nos bessonnades, nos berlusconneries qui transforment le sans-papier – qui est « sans » de par notre décision – en un délinquant et à renvoyer les Nègres chez Kadhafi qui n’en a rien à faire de l’Afrique subsaharienne.

Oui on est bien l’ange qui fait la bête.

Ce qui m’effraie c’est même la régression de l’humanité depuis la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. La régression est en marche. Et ce n’est pas le Nègre qui se trouve ainsi dévalué, c’est nous qui tombons au rang de la bête car quand on se prive d’une relation humaine avec qui que ce soit, on se brise une vertèbre, on devient homme claudiquant. Il n’y a plus ici de hauteur d’homme possible pour juger de l’aventure humaine.

Ce qui m’effraie c’est que les mêmes conditions qui entrainaient les femmes noires à donner leurs enfants aux Blanches de passage, se reproduit dans la triste aventure du destin du clandestin à priori sans issue mais pourtant même pas pire que rester en l’état, passif, sans plus d’issue sur place.

Ce qui m’effraie c’est qu’il n’y a aucune lueur d’intelligence chez les européens qui leur ferait comprendre que l’espoir et l’avenir du monde est du côté de ceux qui tentent de rejoindre nos terres. Ils ne viennent pas nous narguer et nous envahir. Ils sont le reflux de la vague que nous avons provoqué chez eux et qui a tout emporté.

Oui les humains ce sont les Nègres qui tentent de passer la mer, les sous-hommes ce sont les Besson, Sarkozy : ils ont des montres de pacotilles et qui brillent comme celles que nous découvrions chez les « sauvages » dont on s’étonnait qu’ils aiment nos colifichets permettant de les acheter à bon compte.
Nos rois actuels se font acheter à mauvais compte.
On ne fréquente pas impunément les rois africains que l’on a mis en place et qui sont les Rois du Gabon, les rois de l’Angola, les rois des Grands pays riverains du fleuve Congo, pour n’en citer que quelques uns !

Que les autres rois se rassurent : je ne les oublie pas dans mes prières d’éjecter.