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La France est un loup pour l’homme

La France, pays des droits de l’homme ou pays des faits du Prince ? Et ce dans tous les détails ! Et c’est cela qui est le plus honteux. Un loup aurait moins de cynisme, de jouissance à laisser souffrir sa victime.

Tenez par exemple voici l’histoire de Seydou.
Après bien des péripéties que je passe ici sous silence, car nous n’aurions pas le temps de développer, il obtient enfin un statut (provisoire) lui permettant de travailler. Un statut plus définitif (à dix ans) est au bout du chemin. Pour lui, arrivé depuis longtemps en France, plus besoin de trembler chaque jour pour la sécurité de sa famille.
Enfin il le croit !

Mais il lui faut maintenant trouver un employeur. Et il en trouve un Seydou, il a de la ressource !
Or voilà que très vite l’employeur ne veut plus de lui.
Et tout le monde sait que pour la préfecture il faut des preuves d’insertion par le travail, et du travail inscrit dans la durée.

Qu’à cela ne tienne Seydou trouve un autre travail.
Et puis encore un autre.
Celui là enfin paraît correct et un peu stable.
Oh ! bien sûr pas cher payé.
Oh ! bien sûr il comporte des créneaux horaires que seul des gens comme Seydou acceptent.
Oh ! bien sûr il faut une voiture pour se rendre sur son lieu de travail.
Mais il se débrouille, Seydou, il en trouve une.
Et puis il se débrouille aussi pour mettre de l’essence dans la voiture avant d’atteindre la première paye.

Dans son pays Seydou avait le permis de conduire. Quelle chance, n’est-ce pas ?
Tout pendant qu’il n’avait pas son statut, qu’il était clandestin, il pouvait conduire en France avec ce permis.
Mais dans son nouveau statut, son permis n’est plus valable. C’est la consigne. Et la consigne c’est la consigne comme disait l’allumeur de réverbère au Petit Prince. Il y eut un soir, il y eut un matin. Combien tième jour sommes nous ? Mille et un sans doute, pour le moins et au bas mot.

Comble de malheur : on est déjà le 1er janvier 2009, et le 20 janvier le permis de son pays ne sera plus valable. Il ne va pas filer là-bas en Afrique, dans son Angola natale, pour le renouveler ! D’un trait de plume de chroniqueur je pourrais l’y envoyer, mais un trait de plume ne suffit pas en vrai. Ces messieurs de l’Angolagate pendant ce temps caracolent au tribunal (surtout celui que je ne nommerai pas mais qui a un nom de presque marque d’accessoires auto-moto. Ou un nom de juge italien, si vous préférez. Presque j’ai dit, presque).

Mais pressons, vous avez encore beaucoup à apprendre, car comble de malheur et vraiment très falcocheux pour Seydou : tant qu’il n’avait pas de statut il ne pouvait pas suivre des leçons d’auto-école et encore moins se présenter au permis de conduire, institution française, diplôme français réservé aux français et à ceux dûement autorisés ! Quoi de plus « naturel » ?

Suivez donc bien ! Il avance, il avance Seydou : du jour au lendemain il peut se présenter au permis ! Enfin il peut… c’est vite dit ! Encore faut-il prendre quelques leçons de conduite (les payer, les planifier au milieu de ses horaires de travail très très mal fichues), obtenir une date de passage du permis, etc.). Et pourtant le temps presse, le temps presse. Le temps prend Seydou pour un citron qui doit rester serein en toutes circonstances. Çà, vous avez dû le comprendre déjà.

Si la préfecture dit qu’il peut s’engager dans la formation pour se présenter ensuite au permis, l’auto-école dit tout d’abord que ce n’est pas possible.

Sera-ce le dernier mot ? Mais non bien sûr ! Vous connaissez mal la pugnacité de Seydou. Il mériterait d’être Français, tellement il semble qu’avec lui rien ne soit impossible !

Voilà donc finalement que Seydou et les gens qui l’accompagnent parviennent à faire parler en direct les 2 protagonistes, préfecture et auto-école. La préfecture confirme qu’il peut postuler pour le permis ! Alors l’auto-école qui détient ses propres autorisations et licence de travail des administrations de notre beau pays, s’empresse d’acquiescer.

Il faut bien sortir encore de l’argent ! Seydou en a n’est-ce pas ! Tout ceux qui ne sont pas obligés d’acquérir des parachutes dorés peuvent bien dépenser leur argent à autre chose !

Et quand va-t-il passer le permis de conduire ?

Car oui vous avez déjà deviné cette nouvelle angoisse : il faudra sans doute conduire sans permis valide pendant quelque temps.

On voudrait chercher la faute qu’on ne s’y prendrait pas mieux ! Imaginez qu’il soit contrôlé par la gendarmerie ou la police — qui ne fait que son travail — pendant cette période ? Que pensez-vous qu’il pourrait se passer ? Vous vous voyez, vous, dans une telle situation, dans une telle impasse, sans avoir fait de mal à qui que ce soit, sans avoir voulu enfreindre les lois ?

Evidemment on titille aussi sous d’autres angles la famille, ce serait trop simple d’en rester là : la famille était dans un hébergement correspondant à certaines normes statutaires. Le statut de Seydou s’étant considérablement amélioré, d’un seul coup d’un seul, comme tout cela vous l’aura déjà prouvé, il doit dégager — et tout de suite — de son logement, pour qu’on y mette des gens qui se trouvent en situation plus irrégulière que lui encore. Car en France plus c’est irrégulier plus on aime. Et on te fait peu à peu monter en grade dans l’irrégularité, plus dans la légalité de premier cercle, etc.

Seydou a donc changé de catégorie, il doit quitter le logement actuel, il doit laisser le quartier et ses enfants l’école où ils étaient scolarisés ! Car bien sûr il scolarise ses enfants. D’ailleurs on surveille aussi cet aspect. On n’a pas d’argent pour accueillir Seydou mais beaucoup pour payer du monde qui surveille Seydon. La protection de l’enfance c’est fondamental, n’est-ce pas, et l’on sera intraitable sur cet aspect. Il faut tout faire pour que les enfants ne soient pas perturbés. Et quoi de mieux pour assurer leur continuité de vie que de les changer de quartier, de rue, d’école, d’amis. Allons ne soyons pas mesquins on a compris depuis le départ qu’on ne cherche qu’une chose : le bien-être de cette famille qui a choisi de venir dans notre beau pays, pays qui peut se payer sous un seul gouvernement, à la fois Kouchner, Rama Yade, M. Quoti Quota et le ministre-plus-courtisan-tu-meurs.

Evidemment tout cela se fait sous le regard vigilant de la préfecture, ne l’oublions pas, la préfecture, un jour je suis dresserai le portrait ! Elle l’attend au tournant d’un an : il faudra, dans un an, montrer qu’on travaille et que tout va bien. Gare si la famille déprime, si les enfants font de l’absentéisme, si Seydou loupe son permis ou se fait contrôler d’ici là ! Gare si son employeur estime soudain que le contrat à durée indéterminé a assez duré ! Le droit du travail c’est pas pour les chiens, c’est pour les patrons.

J’ai honte de ceux qui mettent dans de tels engrenages, dans de telles situations si mesquines et inextricables, des gens comme Seydou.

J’ai honte du travail que l’on fait faire à certains fonctionnaires de préfecture ou de police, qui ne peuvent pas dire officiellement ce qu’ils pensent de tout cela.

Sale temps ! Mais qui me donne envie de me battre, de dénoncer l’intolérable.

Sale temps ! Qui doit devenir le sale temps de ceux qui génèrent ces situations.

Sale temps ! Mais le monde et les temps changent et légions sont ceux qui protestent protègent. Et progresse la conscience d’un autre temps qui verra tomber l’absolutisme au petit pied, ses générateurs d’exclusion et ses courtiministrants.