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Le délit de sale boulot peut suffire à nous rendre étranger dans notre propre pays

Le délit de sale gueule on connaissait déjà.

Mais j’ai découvert le délit de sale métier qui conduit tout de suite au sentiment que vous ne pouvez qu’être étranger.

Vous ne me croyez pas ? Attendez attendez que je vous développe vous aller voir !

J’ai découvert ce délit et il mérite vraiment le détour. Il montre assez la profondeur des pensées dans laquelle la société nous plonge et nous embourbe, envahissant l’esprit de ses membres. L’histoire mérite donc d’être partagée. La voici.

Un homme vient à la Caisse interprofessionnel de retraite de Picardie pour reconstituer sa carrière et faire le point sur ses droits à la retraite. Cela date de quelques années. Ne cherchez donc pas de témoins de noms etc. Sinon j’aurais changé la dénomination pour garantir l’anonymat.
Il n’a exercé que des métiers-petits-boulots. Et quels petits boulots ! Pensez donc il a été vidangeur pendant des années et des années. Il a travaillé avec des gens de toutes nationalités, c’est à dire des Turcs, des africains, des maghrébins (quand on dit « de toutes nationalité » on entend rarement évoquer des Suédois ou des Alaskaiens s’il en existe encore). Bref il a été dur à la besogne avec des gens durs à la besogne. On pourrait croire qu’il accède à une retraite bien méritée.

Mais dans la tête de la personne qui le reçoit (et je ne lui en veux pas : elle est prise dans les schémas qu’on lui imprime tous les soirs sur TF1, c’est sur cette imprégnation sociale inconsciente que je veux attirer l’attention) quelque chose ne va pas : les français refusent tous ces métiers là ! C’est bien pour cette raison n’est ce pas, qu’il faut tolérer les étrangers sur notre territoire. Alors qu’est ce que ce monsieur vient me racontee là ? En bref : est-il vraiment le français qu’il prétend être ? Ne veut il pas gruger la Sécurité sociale, l’AFPA, la SPA, la protection universelle, la carte bleue et le loto ?

Là où l’échange devient « subtil », c’est que la brave femme qui ne le croit pas, ironise, le met en cause, lui demande sans cesse avec insistance « vous reviendrez avec tel papier », « vous prouverez votre résidence à telle époque », parsemant ici ou là insidieusement son discours de « depuis quand vous êtes en France » ? etc.

Et pour finir elle lui donne quand même quelque éléments sur sa retraite future « si vous y avez droit » précise-t-elle.

L’homme me rapporte les faits quelques années plus tard. Cet homme est notamment poète, et même dirigeant d’une maison d’édition ! Comme quoi il n’y a pas de sot poète et le poète ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche ce que savent tous les conjoints de poète, même s’ils ne refusent en général ni l’amour ni l’eau fraîche.

Peut-être que s’il avait demandé une retraite de poète on ne l’aurait pas pris pour un étranger ? Pourtant je connais de très bons poètes étrangers, et certains aussi sont sans papiers. Et oui des poètes peuvent être sans papiers ! Vous n’avez jamais entendu parler de la littérature orale ?
Poètes sans papiers de tous pays – et même de France – unissez vous !