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Délation ou dénonciation ?

Voilà le grave sujet qui a agité notre monde politique au début du mois de février 2009.

Besson (le nouveau courtisan-ministre) demande aux sans papiers de dénoncer leurs « passeurs ».

Frédéric Lefebvre, pétulant porte parole de l’UMP vient à son secours le samedi 7 février, contre ceux qui parle de « délation ». Il fait un peu de vocabulaire. Mais non voyons, vous n’y êtes pas, lisez le dictionnaire, « dénoncer » c’est très bien, c’est une très bonne pratique. Pour l’occasion il parle même de devoir républicain (il me fait plutôt penser à Vichy et la pastille ne passe pas).

Comme je suis poète je file voir mon dictionnaire de service.

Le Larousse. Puis le Robert. Puis le trésor de la langue française. Bon j’ai compris, ils se récoupent ils sont d’accord. Je peux résumer.

De quoi s’agit il ?

« Dénoncer » dans le sens 1, c’est « faire savoir », officiellement.
Dans le sens 2 c’est « faire connaître ». Ainsi on dénonce un crime, on dénonce des abus. Nos gouvernants se situent dans cette définition. Mais le détour par le mot « délation » complètera utilement notre compréhension du sens.

Mais nos gouvernants ont-ils été visité ce que les dictionnaires disent de « délation » ? Tout s’éclaire alors, merci M. Lefebvre de m’avoir fait penser à vérifier. J’ai comme le sentiment que vous avez dû omettre d’aller voir « délation » car c’est bien là justement que tout s’éclaire.
Merci donc encore une fois M. Lefebvre de nous avoir invité à aller vérifier dans le dictionnaire. Car voici ce qu’on y trouve :
« délation : « dénonciation inspirée par des motifs méprisables ».

N’est-ce pas de cela qu’il s’agit ?
La délation est la dénonciation pour obtenir une contrepartie.

C’est d’autant plus méprisable que cela n’est destiné qu’à obtenir une carte de séjour, une carte de séjour bien provisoire, bien vite périmée. Le temps de laisser au délateur la possibilité de témoigner devant le tribunal qui instruira la cause. Et notre gouvernement est bien optimiste sur la vitesse de la justesse. Il croit que cela se fait à la vitesse des décisions administratives quand il s’agit de reconduire. Car s’il s’était basé sur la vitesse pour accorder un visa, il aurait pu donner une carte de séjour de dix ans. Dès fini la séance de tribunal on passera les menottes au sans papier que l’on a protégé, et on le renverra chez lui, avec larmes (de crocodiles) et bagages.

Poursuivant un peu mon analyse (je suis poète) j’ai observé le fonctionnement de « dénonciation » et de « délation » : il existe bien un verbe pour « dénoncer », mais pas pour « délater ». C’est que la langue française est si peu fière de prendre note de l’existence de cette réalité, qu’elle n’en fait pas un « état ». Comme s’il y avait un soupçon de malaise à « délater ».

Ce malaise s’accroit si l’on passe au sens du mot « passeur ». Mais « passons ». Passeur est un très joli mot. Mais « passeur » dans la bouche de nos coutisans-ministre est un mot-valise sans doute (pratique pour les voyages le mot-« valise »), passeur, ce n’est pas ta sœur… Les gens que l’on appelle sans papier viennent souvent grâce à la complicité légitime de leurs parents, de leurs amis, de ceux qui les aides à sortir des géôles où ils peuvent mourir à tout instant.

Mais nos ministricules confondent le « passeur » qui, comme on disait autrefois « marchand de sommeil », profite de la situation catastrophique des gens en détresse., avec la solidarité de ceux qui font que contre vents et marés, toujours et sans cesse viendront chez nous les gens qui ne peuvent faire autrement à cause de notre attitude à l’égard des pays du Sud. C’est vous messieurs du gouvernement qui êtes les passeurs en chef, dans ce sens là, c’est vous qui conduisez à toute cette situation. Si vous voulez que l’on dénonce, c’est vous que l’on va dénoncer. Et là oui, ce ne sera que justice.