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Le Don d’identité

Les défis de notre époque sont énormes, grandioses, excitants. Nous ne sommes pas prêts de nous ennuyer si nous voulons les relever et je vois à vos regards que vous avez effectivement envie d’en découdre.

Mais à chaque jour suffit sa peine. Aujourd’hui je propose de raisonner sur le don.

Non pas le don d’organe. Le terrain certes est encore insuffisamment couvert, mais il est en tout cas déjà bien balisé et le catalogue des organes qui intéressent la sciences suit l’évolution des progrès des techniques médicales.

Aujourd’hui je vous parlerai du don d’identité. De quoi s’agit-il ? De faire don de son identité à un sans papier.

Quel est le moment le plus opportun pour le faire ?

Evidemment on peut attendre les derniers instants. Mais ceci pose plusieurs questions :
a) il est aléatoire d’essayer d’établir la date de sa mort. Elle peut arriver inopinément tout autant que la vie peut s’éterniser au-delà du raisonnable.
b) Si la cause du décès est accident, les papiers peuvent avoir disparus avec vous (brûlés dans la maison).
c) Vos papiers d’identités peuvent être périmés (passeport non renouvelé par exemple) et il sera difficile pour votre successeur de demander à renouveler le passeport d’un mourant voire d’un décédé.

Nous conseillons donc d’aborder la question par une autre méthode : donner son identité en viager à un sans papier. Vous fixez le jour et l’heure d’un commun accord. A partir de cette date (une fois validée par les autorités), plus besoin de faire le mort pour vous, plus besoin de se cacher, pour le sans papiers : il est comme vous-même, bien que vous gardiez la jouissance de votre vie jusqu’à votre mort. Et vous restez libre de soutenir par d’autres moyens les Sans-papiers, au gré de votre volonté, en prenant des dispositions partielles mais toujours bien venues : apporter une soupe chaude, offrir une douche chaude, entrainer à la pose du sac plastique sur la tête pour les candidats au passage de frontières sensibles en camion, apprendre à nager, etc. Nous faisons confiance à votre imagination et surtout à votre attention aux réels problèmes rencontrés.

Le « formulaire de demande de don d’identité pour un bénéficiaire sans papier », peut-être retiré dans toutes les bonne Préfectures (et même les moins bonnes), la plus proche de votre domicile ou la préfecture de garde le cas échéant (si cela vous prend en certaines périodes de vacances ou de week-end).
Le formulaire est ensuite à retourner à

Monsieur Besson,
courtisan,
Près La Cour,
faisant fonction de ministre de l’Identité, du Mépris,
de la Délation et de l’Inhumanité, dimanche et jours fériés inclus »

La formule de politesse est libre.

Le récipissé de votre formulaire soigneusement complété vaut acceptation (attention tout formulaire incomplet sera rejeté).

Si vous souhaitez procéder par pallier, si vous n’osez pas encore franchir ce pas, si vous n’avez pas encore eu le temps d’en parler avec vos enfants, une autre méthode également sympathique assure déjà un minimum de protection très appréciée : c’est le parrainage.

Il s’agit d’une disposition simplifiée, sans déclaration préalable en préfecture : il vous suffit de pratiquer l’autosaisine à chaque fois qu’une situation vous paraît intolérable. Une simple lettre sur papier libre (la liberté doit être absolue), adressée à la préfecture, suffit à vous donner le statut de parrain. Aucun accusé de réception ne vous confirme l’enregistrement. Mais n’ayez crainte la Préfecture saura vous retrouver si elle le juge nécessaire !