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Calais, ses bois, ses hélicoptères

Calais !

  • _ Si l’on rate l’arrêt d’Amiens dans le train parce qu’on s’est endormi on peut facilement se réveiller à Calais, terminus de certains trains.

Calais ! D’autres se le donnent comme objectif.

Calais. Ça ne vous fait pas rêver. Calais ! La mer, les mouettes, le tunnel sous la Manche et ses incidents à répétition, les ferrys. De Calais aux vacances il n’y a qu’un pas.

Calais ses Sans-papiers qui marchent dans les rues qui marchent dans les bois. Ses sans papiers sans abris et pour longtemps. Pas de droit opposable au logement pour eux. Ils sont avec tous les « Sans » que l’on puisse imaginer. Mais ils sont là !

Calais et ses hélicoptères qui la nuit tournent dans le ciel avec leurs phares puissants orientés vers la terre, vers les Sans Papiers, vers ces ombres errantes.

Que font-ils les hélicoptères de la police des frontières ? Ils luttent ils nous protègent. Ils empêchent les Sans Papiers dont on ne veut pas sur notre territoire de filer sur l’Angleterre.

Ah ! Calais et ses hélicoptères qui comptent les Sans papiers dans la nuit grâce à ses phares. « Ne bougez plus » disent ils aussi sans doute aux Sans Papiers réveillés brutalement, pour qu’ils restent en place et soient plus facile à compter. Car comment compter une foule qui bouge ? Tout Etat aujourd’hui ne veut que des citoyens, dociles, immobiles, faciles à comptabiliser. Et même ainsi on n’est pas à l’abri d’erreur humaine. Vous savez, comme dans les avions ces hôtesses qui passent avant le décollage avec leur compteur. Et il y en a toujours un qui fait une impulsion de trop ou de moins, et il faut recompter.

Là haut dans les hélicoptères de Calais doivent se trouver des fonctionnaires de l’INSEE détachés au ministère du Quoti-Quota. Ils établissent les statistiques du nombre de sans papiers. Ils peuvent aussi établir les statistiques des décès (repérés par le fait qu’ils ne bougent plus du tout). Car ce n’est pas aussi facile qu’on le croit la statistique des Sans-papiers disparus. Sorti des dents de la mer, on ne meurt pas d’être sans papier. On meurt seulement de faim, de froid, de non logement, de coups de couteau, écrasé sous un camion ou atteint d’une des multiples maladies comme nous sommes tous en mesure d’en attraper, quelle que soit notre pays ou notre langue. Alors évidemment disparaître dans un charter c’est statistiquement plus net, plus propre, plus visible. Politiquement plus rentable, plus communicatif.

Ah ! Calais et ses hélicoptères comme on en met aussi maintenant dans les manifs, ou au-dessus des banlieues. La police de proximité prend de la hauteur. Ça vous rassurer vous ? Moi pas vraiment et je n’ai pas envie de m’endormir et de me retrouver à Calais. Réveillez-vous, vous êtes arrivés, vous êtes en Picardie ! Vous pouvez encore compter les sans papiers par les méthodes traditionnelles. Et leur donner un bol de soupe pour les remercier d’avoir choisi notre pays. Et un bol de soupe pas besoin d’un hélicoptère pour le remplir ! On fait cela très bien à ras de terre. A Calais comme ailleurs.