Ephémères du bouquetin (extraits)

Patrick Joquel

Patrick Joquel offre au MUP trois textes extraits d’un recueil à paraître aux éditions Corps Puce en 2010 (avec l’accord de la maison d’édition).

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Je commence le jour en t’écrivant… Les mots caressent. Ton intemporel visage. Celui de ta beauté. Sur le balcon respire un lent ginkgo biloba. Avec ses déroulés de feuilles. Petits lampions pour traverser les saisons. Ensemble. Intacts

(…)

Quand j’écris un poème, je l’écris d’abord pour moi. Parce que je dois. Pour vivre plus haut. Plus intense. Plus offert. Pour rire aussi. Parfois. Ensuite vient le moment du cadeau. Je donne le poème à entendre. Ou à lire. Tiens. Je te le donne. Tout frais du cahier de brouillons ou bien lissé par un livre. Oui je te le donne. Parfois tu dis « oui, bof » et tu as raison. Parfois tu dis « c’est exactement… ». Et tu restes. Sans voix. Les yeux perlés. Dans le musement. Hors de toute programmation. Tu sais que j’ai écrit ce poème pour toi. Rien que pour toi. Tu as raison

(…)

Lire en public. J’aime. Je ne sais pas pourquoi. Je me tiens tout blotti dans mon livre. Et je pars. A cheval sur ma voix. Sur le texte. Dans mon corps. Le poème soulève mille échos. Installe des émotions. Des paysages. Des sourires. Je chuchote. Je clame. Je tremble aussi. Parfois. Je glisse. Je souris. Je respire. Je souffle. Je lis et j’ai l’impression que tout flotte