Le poésien à sa fenêtre

Jean Foucault

Proposé par Jean Foucault.

Ce poème est sans doute la défense et illustration de son ministère, exercé « sur tout ce qui me passe par la fenêtre », comme il dit ailleurs.

On pourrait le croire si on croyait à la poésie !

Et dites, si c’était vrai ?

Le poésien à sa fenêtre

Je suis ministre de ce qui me passe par la fenêtre.
Ma fenêtre est au 27 rue d’Antibes à Amiens (France).
Vous la voyez certainement depuis Google Earth !
Et de ma fenêtre j’en vois du monde !
Je vous vois tous
Si je me penche suffisamment !

Mais
Je vois aussi les oiseaux, les escargots, parfois un papillon timide mais curieux,
Je vois cette femme au buste superbe
comme on disait autrefois.
Elle est flanquée d’un gros dalmatien
Elle va de gauche à droite
Mais une heure plus tard elle revient dans l’autre sens.
J’ai donc la chance d’habiter dans son quartier.

Je vois aussi cette femme avec une poussette double et j’ignore les prénoms de son petit monde.

Je vois aussi un homme poseur de journaux et de publicité.
Il y a longtemps que j’ai renoncé à mettre « pas de publicité s’il vous plait » sur ma boîte à lettre.
J’aimerais pouvoir le faire avec quelque succès sur ma boîte réservée au courriel !

J’en vois du monde ! Oui j’en vois !
Des étrangers beaucoup
Entendons-nous bien : il s’agit d’étrangers comme les appelle mon Etat de droit !
Christine les reçoit, analyse leurs situations et les aide
S’ils sont sans papier, sans ceci sans cela
(et beaucoup de monde dans nos sociétés est sans ceci, sans cela !)

Christine ma compagne dans la vie
Est passible en France du délit de solidarité.
Qu’on se le dise !

Alors évidemment j’en vois du monde défiler devant la fenêtre.
Ils viennent d’un peu partout
Du monde entier
Ils viennent pour beaucoup malgré eux
J’aimerais bien qu’ils s’y retrouvent en paix
Qu’ils puissent humer tranquillement la terre d’asile !
Mais la terre d’asile se dégrade depuis quelques années.
C’est peut être à cause des OGM ?

Allons, qu’importe, continuons !
Je vois aussi
de ma fenêtre
Le merle qui s’écarte à peine s’il se trouve au sol le matin quand j’ouvre ma porte
il vaque au pied de l’arbuste devant chez moi.
C’est que c’est aussi chez lui, ici.

Je vois aussi ce matin deux canettes de bières
Laissées par deux ados la nuit dernière
Sur le flanc gauche de ma voiture en stationnement.
On dirait deux bougeoirs préparés pour une cérémonie gore !

Je vois aussi le marchand de pommes de terre,
Le paysan qui parfois fait sa tournée
Il liquide les patates de l’année dernière _avant l’arrivée des petites nouvelles
Il vient du Santerre, une région de chez moi
Santerre c’est « terre Saine »
- Une bonne région agricole -
Ce n’est pas un paysan sans terre.

Ainsi de proche en proche
Je vois aussi tout ce qui me passe par la tête
De ma fenêtre

Alors parfois j’ai envie d’échanger
d’en parler aux autres. Ont-ils tout cela eux aussi ?
Et dans quel ordre ?
A quelle saison sont-ils le plus à leur fenêtre ?
Sont-ils poètes du printemps
Poètes de saison
(à cueillir frais, à consommer avec modération)
Poètes hors saison
ou Poète de toutes saisons ?
Poètes omnivers
ou poètes de prose

Ah ! le poète des quatre saisons !
Comme il a grande fenêtre,
Ouverte sur le monde !
Et quel plaisir,
Quand il regarde el mundo
Todo el mundo
Passer à sa fenêtre !
Passer devant sa lucarne earth !

Shalom salaam sälam
On the rock
On the earth
On the sky
On time and out time

Era uma ves
Era muita veses
Il était et il n’était pas
Un poète des quatre saisons
qui vous saluait
de sa fenêtre !